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Durant mon enfance, j'étais une petite fille épanouie, sportive mais pas trop, toute fine, qui croquait la vie à pleine (dans tous les sens du terme). A l'école, tout se passait bien :  J'avais des bonnes notes (pour ne pas dire excellentes) , des amis avec qui je me tapais des fous rires à longueur de journée, et les profs m'aimaient plutôt bien (Bon ça c'est parce que j'étais la déléguée je l'avoue...)

En ce qui concerne ma famille, même si on dit qu'on ne choisit pas sa famille, moi je trouve que j'étais plutôt bien tombée... Seul bémol peut-être, mes parents, qui sont divorcés depuis que j'ai 4 ans... Mais ça, ça ne m'a jamais posé problème à vrai dire . J'ai deux demi-soeurs une plus âgée, et une beaucoup plus petite que moi, avec qui je m'entend (et m'entendais à l'époque aussi) à merveille . Bon, quelques fois on s'est tiré les cheveux c'est vrai mais c'est parce qu'on s'aime bien "Qui aime bien, châtis-bien non? :) " Et puis, j´ai et j'avais déjà depuis mon plus jeune âge, une complicité inégalée avec mon cher et tendre papa . Et oui, les filles et leur père... Toute une histoire blablabla  ... 

Avec ma mère, c'est différent... On s'aime beaucoup (Amour mère-fille) mais depuis toujours on est  "Chien et Chat" et ne parlons pas de notre relation durant l'anorexie "INVIVABLE". Bon, en même temps, mettez vous à leur place trente secondes, on vous annonce d'abord que votre fille est anorexique, vous la voyez maigre, très maigre, de plus en plus maigre et tout le monde vous regarde dans la rue ... Elle est en train de mourir à petit feu et vous êtes impuisantes face à cela... Puis, elle est hospitalisée et vous imaginez le pire, la mort .

Bon revenons à nos moutons :)

En ce qui me concerne, je suis tombée dans l'anorexie, bêtement mais surement, vers l'âge de 13-14 ans . Je me souviens encore du jour où mon médecin traitant à prononcer le mot "Anorexique" pour tenter de mettre un mot sur ce qu'il m'arrivait ... Je connaissais le mot sans trop savoir ce qu´il signifiait... Ma mère, qui s'inquiétait de me voir manger très peu (pour ne pas dire rien du tout) ces derniers mois, et qui ne se rendait pas compte réellement de ma perte de poids (Trop facile en même temps je cachais ce corps cachectique sous des grands vêtements...) m'accompagna chez le médecin . Le diagnostic posé, nous sommes sortis du médecin et là je compris que ma vie allait basculer et prendre un autre tournant ... Mais Pourquoi ? Pourquoi moi ? Moi qui avait toujours aimé manger, qui ne m'était jamais privée jusqu'à présent, qui mangeait plus qu'un homme alors que j'étais une ado de 13 ans et qui surtout n'avait jamais eu de problème de poids (A si pardon, à la naissance, je pesais 4 Kilos... Quoi ? c'est vrai :)  ) Non sérieusement, je mangeais beaucoup à l'époque et mon poids ne dépasser pas les 46 kilos pour 1m66. Alors, pourquoi cette maladie me tombait dessus ? Je ne cherchais pas à maigrir moi !!! Qu'est que j'allais devenir ? ... La période du collège arrivait à sa fin, et mon poids oscillait entre 41 et 46 kilos... Je ne comprenais pas ce que l'anorexie était à cette époque là... Les gens pensaient que je voulais faire un régime, ma mère me crier dessus pour me faire avaler mon assiette, et mes grands-parents surveillaient mon alimentation, de même pour ma grande soeur, qui me dénonçait à ma mère dès que je sautais un repas, même le gouter

Mon père, lui, ne voulait pas y croire, il se mentait à lui-même : Non, sa petite fille chérie n'était pas malade... ( Pourtant, je maigrissais encore et encore).. Mais pour lui, se convaincre que je n'étais pas malade lui permettait de nous protéger de cette atroce maladie qu'est l'anorexie.

Je continuais à perdre, chaque jour quelques grammes de plus, et dans tout ça qu'est que j'en pensais moi ? Absolument rien au début ! En fait, tout commença un jour (quand j'avais 13 ans), je me suis pesée et là se fut le drame : 46 kilos tandis que ma grande soeur (qui a 3 ans de plus que moi) en faisait seulement 44 à l'époque. Sauf que dans l'histoire, elle mesurait aussi 10 centimètres de moins que moi ! Mais ça, ça ne m'est pas passé a l'esprit.... Du coup, j'avais décidé de surveiller mon poids pour ne pas grossir d'avantage et pour le maintenir ... Pourquoi ? Sur un fond de manque de confiance en moi,  que je cherchais à dissimuler derrière une maîtrise et un contrôle hors norme de mon alimentation, mon comportement d'anorexique était en réalité le reflet d'un réel mal-être psychique (Bon je vous dis ça maintenant, parce que je suis guérie, mais à l'époque je ne le savais pas)

Aux prémices de la maladie , je me pesais une fois par jour ou tous les deux jours en espérant que mon poids soit identique à celui de la veille ... Sauf qu'on le sait tous, le poids fluctue  d'un jour à l'autre .. Je continuais à manger correctement sans me restreindre, c'était juste une question de stabilisation (au début) pour être parfaite . Mais un jour, alors que j'étais en vacances, j'entendis parler des calories que l'on consommaient etc... Et là, ce fut le point de départ d'une dégringolade vers l'enfer... J'exercais un calcul draconien des calories que j'ingurgitais et était hyperactive (je bougeais sans cesse et ne tenais pas en place), j'avais réduit mes portions alimentaires de moitié et triais les aliments que je mangeais. En fait,  Je contrôlais tout ce que je mangeais, et était totalement indifférente à la tentation . A ce stade là,  Je contrôlais mon poids plusieurs fois par jour (3 à 4 fois par jour, vaut mieux trop que pas assez non ? ) En fait, à cette époque, je voulais avoir le contrôle sur tout, et qu'est que je me sentais forte de pouvoir contrôler des chiffres comme je le voulais . Contrôler son corps, son image, sa vie c'est ce qui animer mes journées d'adolescente malade. Sauf, que sans vraiment m'en rendre compte, j'étais moi aussi tomber dans un cercle vicieux celui de l'anorexie : On croit que l'on contrôle tout mais ce n'est qu'une illusion. En vrai, on contrôle que notre sensation de faim parce que pour le reste, c'est pas gagné hein... . Pour reprendre du poil de la bête et guérir, la y'a plus personne qui contrôle malheureusement . Paradoxalement, pour combler un vide en moi, me rassurer et me sentir exister, j'ai mis ma vie en péril pendant près de 4 ans, sans en avoir réellement conscience.

 Entre hospitalisation à temps complet (que j'ai demandé moi-même étant donné que j'étais épuisée par la maladie), visites chez le médecin, alimentation surveillée, c'était l'enfer... J´étais arrivée à un point , où mon coeur battait à 30 pulsations par minutes seulement, ma tension tournait aux alentours des 8.... Je me trainais, je n'avais plus de force, mes yeux étaient creusés de fatigue, mes lèvres et mes mains violacées par le froid de l'hiver, mes cheveux (enfin le peu qui me restaient)  étaient laids et tombés par grande poignée... J'avais des bleus sur tout le corps comme si l'on me battait, mes pantalons taille 32 commencaient à me flotter, je ne mangeais presque rien et le sport m'était devenu interdit. Le ski, ma plus grande passion, m'était interdit lui aussi et mon poids ne cessait de chuter encore & encore. J'étais maigre, très maigre et une petite voix dans ma tête me persuadait que j'étais bien, que je devais me restreindre pour être parfaite (car oui, malheureusement beaucoup considèrent la gourmandise comme un défaut .. mais merde moi j'aime manger alors tampis !) La vision que j'avais de mon corps à l'époque n'était pas objective . Je mentais à mes parents, ma mère était morte de trouille, elle ne dormait plus la nuit et passait tout son temps à me surveiller... Elle en devenait malade ! J'étais devenue très aggressive ( En même temps, j'étais en train de mourir de faim...), je m'isolais de mes amis et n'avait plus gout a la vie. Rien ne m'interessait, même pas les garçons alors que j'avais désormais 16-17 ans . Mon poids était tombé si bas (30kilos et 800 grammes exactement) que même aller au lycée m'était devenu difficile. Les profs me disaient d'ailleurs qu'avec toutes mes absences, je n'aurais pas mon BAC. Et voilà, qu'ils n'arrangeait pas la chose ... Cela faisait désormais 3 ans que je n'avais plus de règles, on me répetait souvent que je ne pourrais jamais avoir d'enfant (Mais même ça, ce n'était pas assez puissant pour faire taire la petite voix qui me hantait) . Je n'avais plus de formes, en même temps j'avais la peau sur les os qui saillaient de tous les côtés. Je rejettais l'image féminine (et les formes qui vont avec) et n'arrivais plus à trouver le sommeil (Là aussi, tout est question de contrôle je pense) .

Vous l'aurez surement compris, ma vie était devenue un véritable cauchemar . 

Juin 2013 (âgée de 17 ans), je me dispute pour la enième fois avec ma mère pour mon alimentation et je décide d'aller vivre quelques temps chez mon père où je serais plus tranquille pour pouvoir tout contrôler. Ma mère, a bout d'effort, se sent obligée d'accepter. Elle est à bout de nerf, à bout de fatigue, à bout de tout ! Je décroche mon BAC S avec mention Bien, ce qui je pense me redonne un peu confiance en moi (et oui, ça donne une bonne claque aux profs qui m'avaient dit que je ne l'aurais pas en raison de mes 4 longs mois d'absence).

L'été est là, et bizzarement je n'accepte plus mon corps, ma maigreur. Cet été là, je passe l'été sans me mettre en maillot, ne serait-ce qu'une seule fois ... Je renoue les liens avec une amie d'enfance, je recommence à sortir doucement avec elle, je prends plaisir à aller faire de nouveau les boutiques. Sauf que biensur, rien ne me va. C'est décourageant ... Côté nourriture ça ne va toujours pas, je n'aime plus ce corps qui m'appartient mais la voix persiste et me persuade de ne pas manger. Après une grosse dispute avec mon père qui a pris conscience de la maladie, je retourne vivre chez ma mère... Malgré nos disputes du fait qu'elle surveille de près mon alimentation, elle me pousse à manger d'avantage et du coup écraser cette petite voix qui m'enmerde (oui oui, excusez-moi du terme).

Septembre arrive, la rentrée avec ... Je ne veux plus faire médecine car j'ai déjà perdu 3 longues années de ma vie. C'est fini, je ne veux plus de pression, je ne veux plus être parfaite mais je veux retrouver mon bonheur, perdu depuis si longtemps. Je choisis donc d'aller à la FAC à Aix. Là-bas, je rencontre de nouveaux amis, on s'organise quelques sorties de jeunes, on fait les boutiques pendant les temps de pause et le midi c'est sandwich ou pizza comme tout le monde. Après discussion avec ma mère et mes grands parents, je décide de retourner voir un psychologue. Lors de nos premiers rendez-vous, il me questionne beaucoup sur moi, sur mes parents, sur ma famille en général puis sur l'école, les amis...etc . Au début, je ne vois pas où il veut en venir et je n'y crois pas trop. Pourtant, à cette époque,  je commence à retrouver le bonheur, je mange presque comme tout le monde, je participe aux soirées avec mes amis, je suis beaucoup moins fatiguée et sur les nerfs, mais le poids ne me suit pas... Et d'ailleurs cela me décoit beaucoup, car malgré la petite voix qui se fait toujours ressentir mais que je ne cesse d'écraser en mangeant ce qui me plait, le poids ne monte pas et du coup aucun habit ne me va ...

Lors d´un rendez-vous chez le psychologue , ce dernier me dit une phrase qui me restera gravée pour l'éternité " Tu sais Julie, tu es sur la bonne voie, mais tout ira mieux le jour où tu auras 18 ans" . Cette phrase me parut sur le moment dépourvue de sens. Pourtant, il avait bel et bien raison et je compris un peu plus tard pourquoi...

Voilà , Décembre 2013 et place à ma majorité tant attendue . J'avais repris environ 2 kilos depuis l'été, je restais encore très maigre (33 kilos pour 1m67) mais je mangeais comme tout le monde. Je ne voulais plus me peser, sauf lors de mes visites chez le médecin car je voulais irradier cette petite voix qui m'emquiquinait depuis si longtemps ... Le soir de mes 18 ans fut la plus belle soirée de ma vie... Tout le monde était réunie pour fêter cela (famille & amis), j'étais si touchée de voir combien j'étais bien entourée . J'ai passé la soirée remplie d'émotions, à pleurer de joie et tristesse à  la fois... Comment j'avais pu rater tant de bons moments, semblables à celui-ci pendant ces années de maladie ??? Trois semaines plus tard, j'avais mon permis du premier coup et une fois de plus je prenais confiance en moi ! J'avais désormais la voiture, j'aidais mon père au travail pour me faire quatre sous . Et devinez quoi ? Ces sous là je les utilisez entre midi et deux , la semaine, pour m'acheter des vêtements car petit à petit je commençais à prendre du poids ! Quel bonheur de ne plus nager dans du 32 !!!!

Et puis ce n'est pas tout, J'avais revu un copain de collège, avec qui je m'entendais à merveille et qui me plaisait beaucoup.. Par chance, je semblais lui plaire à lui aussi.. Si ça ce n'est pas de la motivation, alors ? Quelques mois, plus tard, j'avais donc un copain qui me comblait et je décrochais un job chez Mc donalds (Le comble pour une anorexique en guérison quoi !) J'étais donc sur la bonne voie, je voyais la sortie, le bout du tunnel,  et tenez-vous bien au fur et à mesure que mon poids  grimpait sur la balance,  paradoxalement je me sentais de plus en plus heureuse. Heureuse, de sentir ma famille de nouveau fière de moi, de mon parcours, heureuse de profiter de la vie comme j'aurais du le faire durant toutes ces années, heureuse de pouvoir reprendre le sport sans faire de malaise et travailler sans être morte de fatigue, heureuse d'avoir obtenu le concours d'infirmier (Parce qu'il ne faut pas se leurrer, quand on est en sous-poids, en dénutrition même, notre cerveau n'est plus fonctionnel comme il était auparavent), heureuse aussi d'avoir un chéri, de retrouver mes amis, d'avoir des bonnes notes, de pouvoir faire la fête et sortir, de trouver à nouveau dans les magasins des vêtements à ma taille, heureuse également de voir que ma petite soeur n'était plus triste de me voir malade...

Mais avant tout cela, J'étais fière de mon changement, de mes efforts , de ma lutte contre l'anorexie .

Fière de moi quoi, et qu'est que ça fait du bien !!!!

 

Retenez une chose : Les batailles de la vie ne sont gagnées ni par les plus forts ni par les plus rapides, mais par les plus courageux.

=> NEVER GIVE UP !

 

Dans un prochain article je vous raconterais comment je vois la maladie actuellement, comment je l'explique et où j'en suis avec elle désormais .